אִם יִרְצֶה הַשֵּׁם
D'après le chiour du Rav David Touitou chlita 23 Tishrei 5787.
Carte de l'enseignement, pas un sténogramme. Ni le billet ni les notes n'ont été relus par Rav Touitou chlita.
Tous les tzaddikim sont grands. Rashi n'est pas seulement grand. Il est indispensable. Le cimetière nous prouve que nul n'est indispensable. Notre Torah sans Rashi, c'est impossible.
1. Un récit demandé, un géant choisi
Le Rav ouvre par Joseph, qu'il connaît bien : un homme de bonté, qui aime la terre d'Israël, le peuple d'Israël, la Torah et les mitzvot, lui, son épouse, leurs enfants. Il étudie le matin. Il est pieux. Il ne lâche pas ses prières. Il est là pour chaque juif, de toute tendance. Le Rav n'a aucun doute : par ce mérite, le père est déjà au Gan Eden.
On lui a demandé un récit, une biographie. Il a étudié celle de Rashi il y a trente-cinq ans. Il a repris des notes. Tous les tzaddikim sont grands. Rashi est autre chose. Sans lui, il faudrait bien plus d'années pour ouvrir le sens de la Torah écrite et de la Torah orale. Rashi, dit-il, c'est la lumière du peuple d'Israël. C'est le diamant de notre histoire.
2. Le diamant jeté dans la Loire
Le père de Rashi n'arrivait pas à avoir d'enfant. Le roi de France avait besoin d'un diamant. Le seul qui le possédait, c'était lui.
On lui demande de monter sur le bateau et de remonter la Loire jusqu'à Paris. Sur le pont, il interroge le capitaine : cette pierre que j'ai sur moi, à quoi doit-elle servir ? « Ne t'inquiète pas. C'est pour une statue, une statue qui représente une divinité. »
Idolâtrie.
Le capitaine promet un salaire incommensurable, une fortune, l'opulence. Le père fait semblant d'accepter. Il sort la pierre. En s'avançant, il feint de trébucher sur une planche. Le diamant passe par-dessus bord et s'enfonce dans le fleuve. Il fait semblant de pleurer sa fortune. On le renvoie à pied, comme un imbécile qui a perdu sa pierre. On n'a plus besoin de lui.
Il rentre épuisé. Et il se met à chanter et à danser. Baruch Hashem. J'ai perdu toute ma fortune, mais elle ne servira pas à l'idolâtrie.
Cette même année, sa femme tombe enceinte. Il fallait qu'il perde ce diamant, qui représentait tout ce qu'il possédait, pour que Rashi haKadosh naisse d'une telle action.
Le Rav s'arrête sur le mérite des pères. Il nomme des géants de notre temps ... les noms sont abîmés dans l'auto-transcript : on entend un rav Ovadia, un rav Kanievsky, un rav Kadouri. Qu'en est-il de leur père ? Quel mérite, là-haut, d'être le père d'une lumière ? Dans cette biographie, le mérite du père de Rashi, c'est ce diamant. Pour Dieu, je jette tout. Je ne comptabilise rien. Alors Dieu lui dit : je te donnerai un enfant dont les années ne pourront jamais comptabiliser combien il fera faire teshuvah, rapprocher les juifs, leur expliquer la Torah comme s'il était toujours près d'eux.
Pour Dieu, je jette tout. Je ne comptabilise rien.
3. Troyes, 1040 : un nom, une méthode
Rashi, ce sont les initiales : Rabbi Shlomo Yitzchaki, Rabbi Shlomo ben Yitzchak. Né à Troyes, en Champagne, dans le nord de la France, en 1040 de l'ère vulgaire. Mort dans la même ville. La date traditionnelle que le Rav donne : 29 Tammuz 4865.
Commentateur incommensurable de la Torah écrite et de la Torah orale. Le génie : mener une idée talmudique extrêmement complexe, ou un verset difficile, avec quelques mots.
Rabbeinu Tam dira de son grand-père : ce qu'a écrit Rashi dans le Talmud, j'aurais pu, avec beaucoup d'efforts, rejoindre ce niveau. Ce qu'il a commenté sur les cinq livres de la Torah, je n'aurais jamais pu le faire.
De là on a appris, dit le Rav, que Rashi avait jeûné deux années consécutives avant de prendre la plume sur Bereishit, Shemot, Vayikra, Bamidbar et Devarim. Deux ans de jeûne, pour être digne, pur, et recevoir l'exactitude des intentions de la Torah.
De l'enfance à Troyes, peu de choses sont connues avec certitude. Beaucoup de récits extraordinaires nous viennent des témoignages du Moyen Âge. Une chose, dit le Rav, était certaine : très jeune, un savoir extraordinaire; et ce qui a dépassé les tzaddikim de sa génération, c'est le désir d'étudier. Pas seulement comprendre. Accumuler sans oublier un livre qu'il venait de finir.
Pourquoi ce mot, et pas un autre ? Pourquoi cette expression dans le Talmud ? Pourquoi cette répétition dans la Torah ? Quel problème la Torah veut-elle résoudre en disant ce qu'elle vient déjà de dire ? Cette méthode devient la marque de tous ses commentaires.
4. Le mur du tunnel
Le Rav raconte encore la naissance, telle qu'il l'a lue. La mère, enceinte, s'engage dans un passage d'environ cinq ou six mètres qui traversait Troyes. Une calèche arrive, qui devait prendre tout l'espace. Cela aurait foudroyé la mère et l'enfant. Femme pieuse, extrêmement pudique, elle se serre contre le mur. Le mur s'enfonce à sa forme. Le Rav n'y est pas allé. On lui a dit que la trace se trouve encore dans ce tunnel, à moins qu'elle ait été détruite. Il dit ce qu'il a lu. Il n'ajoute pas ce qu'il n'a pas vu.
Rashi n'a pas eu besoin de parcourir le monde pour devenir le maître du monde juif. Il est reconnu, jusqu'à aujourd'hui et jusqu'à la fin des temps, comme le commentateur principal du judaïsme.
5. Worms, Mayence, le vin, la yeshiva
Vers vingt ans, il part dans les académies du Rhin : Worms et Mayence. Le Rav nomme Rabbi Yaakov ben Yakar, puis Rabbi Yitzchak ben Elazar haLevi, Rabbi Yitzchak ben Yehuda à Mayence. Ces écoles héritent de Rabbeinu Gershom Meor haGolah. Rashi n'est pas son élève direct : Rabbeinu Gershom meurt en 1028, Rashi naît en 1040. Il s'investit de tous ses enseignements. La Bibliothèque nationale d'Israël, dit le Rav, souligne qu'il fut l'un des liens majeurs entre cette tradition et les premiers tosafistes.
On parle de passages en Espagne, en Italie, en Grèce, en Égypte, en Israël, en Babylonie. Le Rav le dit clairement : historiquement, ces voyages ne sont pas établis avec des sources sûres. On en parle dans des traces retrouvées au fil des siècles.
À vingt-cinq ans, retour à Troyes. Il fonde une yeshiva. Parmi les disciples : Rabbi Simcha de Vitry, Rabbi Shemaya, Rabbi Yehuda ben Abraham, Rabbi Yaakov ben Shimon. Le centre devient l'un des plus référencés d'Europe médiévale.
Comment gagnait-il sa vie ? Pas seulement des dons de la communauté. Les sources, dit le Rav, le lient à la viticulture et au commerce du vin. Il vendait du vin casher pour sa communauté. On n'a pas le droit de vendre du vin non casher. Il enseignait aussi gratuitement, tout en travaillant. Son autorité ne reposait pas sur une fonction officielle rémunérée. Sur l'effort, dans des horaires très compliqués.
6. Trois filles, pas un garçon
Rashi n'a pas eu de fils. Trois filles : Miriam, Yocheved, Rachel. Deux épousent des élèves. L'auto-transcript est brouillé sur les prénoms ; le Rav nomme clairement le Rivan, Rabbi Yehuda ben Natan, pour l'une, et un Rabbi… ben Shmuel pour l'autre. De cette maison sortent les plus grands Baalei Tosafot : le Rav pointe les maîtres issus de cette famille, pas moins. La famille elle-même devient une des principales écoles de transmission.
Une tradition, dit le Rav, n'est pas du tout confirmée : que les filles de Rashi auraient mis les tefillin, comme s'en réclament certains milieux réformistes. On raconte qu'il le leur aurait permis à la maison, volets fermés. Si les volets étaient fermés et que Rashi seul était dedans, qui peut dire qu'elles les mettaient ? Tradition tirée par les cheveux. Peut-être, de façon occasionnelle, vu leur niveau de kedushah, leur piété, leur respect de la halakha et des rabbanim ... peut-être une fois, pour voir.
Le Rav ferme la parenthèse sans l'adoucir. Aux femmes qui prétendent se servir des filles de Rashi : ayez d'abord leur piété, leur connaissance de la Torah, leur pudeur. Et si, chez vous, volets fermés, une fois ... ce n'est pas mettre tallit et tefillin en public. Même en jouant avec la halakha. Il y a un din de yohara. Ce que n'ont pas fait les princesses de la Torah, qui es-tu pour le faire ? Cela dérangera. La vérité n'est pas pour autant effacée.
À la fin du chiour, il revient sur les filles par un autre bord. Rashi n'a eu que trois filles. Pas de garçon. Les plus grands maîtres sont sortis d'elles. Ce n'est pas une tare d'avoir des filles. Ce qu'il faut, c'est leur donner le mérite de grandir dans la pudeur, la connaissance, la piété et la crainte du ciel.
7. Le commentaire : peu de mots, la question cachée
L'œuvre la plus élevée : le commentaire sur pratiquement toute la Bible hébraïque. Il est devenu fondamental de l'éducation juive. Rashi se sert de quelques mots de patois français, le laaz, pour coller au sens simple et contextuel. Le Rav avoue qu'il ne comprend pas cet ancien français. On lui a apporté un livre qui traduit ces mots médiévaux.
Dans le peshat de Rashi, il y a beaucoup de sod. Il y a le drash des Sages. Il résout les difficultés en expliquant le premier niveau de compréhension. Une phrase, dit le Rav, dérange beaucoup le Rambam : ein mikra yotzei midei peshuto. Si c'est marqué, c'est que cela a eu lieu. Il n'y a pas que des métaphores. Si on nous dit qu'Og faisait des kilomètres de hauteur, c'est qu'il faisait des kilomètres de hauteur. La Torah ne dit pas des choses en l'air. Ce qui est marqué est vrai. Ce n'est pas, dans ce chiour, l'opinion que le Rav attribue au Rambam, pour qui il faut souvent prendre avec recul, au figuré.
Rashi s'appuie souvent sur Rabbi Moshe haDarshan, sur le Midrash Tanchuma.
Au début de Bereishit, au nom de Rabbi Yitzchak : pourquoi la Torah commence-t-elle par la création, alors que son objet est de donner la Torah et les mitzvot à Israël ? Parce qu'Eretz Yisrael appartient à Dieu, et qu'Il la donne à qui Il veut. En un seul commentaire d'ouverture, dit le Rav, Dieu, Israël, le peuple, la terre, l'histoire et la justice ne font qu'un.
Sur le Talmud de Bavli, il commente une grande majorité des traités encore étudiés. Les éditions classiques le placent à l'intérieur de la page, les Tosafot à l'extérieur, face à lui.
Pourquoi si court ? C'est là le génie. Tout est codé. Il ne cherche pas un livre encyclopédique. Il répond à un problème précis. Parfois une seule phrase suffit.
Ne demande pas seulement : qu'est-ce que Rashi explique ? Demande surtout : quelle question Rashi essaie-t-il de résoudre ?
8. 1096, Godefroy, une tombe qu'on ne sait pas
En 1096, la première croisade. Les communautés de la vallée du Rhin sont massacrées parce qu'elles étaient juives. Rashi vit cela. Il est profondément marqué. Il écrit à une époque où le peuple verse des larmes chaque jour. Malgré cela, il ne se décourage jamais d'encourager les juifs à la pratique et à l'étude.
Il n'était pas seulement commentateur. Possek, dayan, enseignant, le dirigeant communautaire le plus célèbre d'Europe. Il répond à de nombreuses questions. Il est aussi auteur de piyutim, poète liturgique, y compris des lamentations. Pas un commentateur froid. Un cœur pur, émotionnel. Certains disent même que la Haggadah de Pessah aurait été compilée par Rashi.
Le Rav raconte que Godefroy de Bouillon, général des croisades, vint dire à Rashi qu'il allait conquérir Jérusalem. Rashi lui dit : tu partiras avec une armée, tu reviendras toi et deux compagnons. C'est ce qui arriva. On raconte qu'après cette rencontre il parla à travers la porte de chez lui. Personne ne saurait vraiment où est sa sépulture. Le Rav le dit pour lui-même : je ne sais pas où est enterré Rashi. Reste-t-elle à Troyes ? A-t-elle été déplacée ? Ce qu'il a retenu : personne ne sait où il est réellement. On peut faire une sépulture. Est-il vraiment là-bas ?
9. Pourquoi indispensable, et trois phrases
Il a accompli quelque chose d'unique. Il rend le difficile simple, et le simple comme s'il n'y avait plus de difficulté. Le Talmud est complexe. La Torah a plusieurs niveaux. Le midrash est profond. La logique est précise et très discutée. Rashi arrive, en quelques mots, comme si de rien n'était.
Il n'a pas seulement commenté. Il a été le pont : Tannaim, Amoraim, Gueonim, les maîtres depuis Rabbeinu Gershom, Worms, Mayence, toutes les époques qui l'ont précédé.
Trois leçons, telles que le Rav les retient.
Le génie de Rashi n'est pas forcément celui qui écrit beaucoup. La profondeur n'est pas proportionnelle à la longueur.
La grandeur peut naître dans une petite ville. Rashi n'est pas né à Jérusalem, ni à Babylone, ni à Alexandrie. Dans un petit lieu de Champagne, Troyes. Sa voix a traversé mille ans d'histoire juive.
Le véritable maître rend les autres intelligents. Il ne cherche pas à rester le maître. Il les fait grandir. Le Rav dit partager exactement cela. Mon but, avec tout celui qui me suit, ce n'est pas d'en faire mon élève. C'est d'en faire, si Dieu veut, lui-même un rav.
Après avoir étudié Rashi, on ne comprend pas seulement mieux Rashi. On comprend surtout mieux la Torah.
10. « Vous pouvez être les Rashi de l'avenir »
Le Rav a plus de trente histoires. Il en referme une qui, dit-il, se rapproche de Rabbi Nahman de Breslev. Un enseignement très peu enseigné, lu dans la biographie, dans la bouche de Rashi :
J'ai jeûné pour comprendre. J'ai étudié sans cesse pour m'améliorer. J'ai réfléchi mille fois avant d'écrire mes phrases. Vous pouvez tous y arriver. S'il y a eu le Rashi d'il y a deux mille ans, le Rashi d'il y a mille ans, vous pouvez être les Rashi de l'avenir.
Cette humilité, très réaliste, dit que ce n'est pas seulement l'âme parfaite, la source, le mérite. Quand on n'a pas de source ou de mérite, on peut devenir soi-même la source d'une racine, commencer l'histoire d'une nouvelle génération qui mettra au monde les futurs Rashi.
Le fichier s'arrête au milieu de la phrase sur les filles et la crainte du ciel.
En pratique
Ce soir. Ouvre Rashi sur le premier verset que tu étudies. Avant de lire sa réponse, pose la question : quel problème est-il en train de résoudre ? Un mot de trop, une répétition, un verset qui aurait pu commencer ailleurs.
Le diamant. Quand une fortune, un salaire « incommensurable », demande que ta pierre serve une statue, une divinité - demande si tu rentrerais encore à pied, et si tu danserais encore une fois la pierre au fond du fleuve.
Les filles. Si tu as des filles, le chiour ne te demande pas un tallit. Il te demande pudeur, Torah, piété, crainte du ciel. Les Tosafot sont sortis de là.
La longueur. N'égale pas la profondeur au nombre de pages. Rashi a jeûné deux ans avant d'écrire sur le Houmash. Quelques mots justes valent un livre qui n'a rien tranché.
Le maître. Si tu transmets, le but n'est pas d'avoir des élèves à ton nom. C'est qu'un autre devienne rav.
La petite ville. Troyes n'était pas Jérusalem, ni Babylone, ni Alexandrie. La voix a quand même traversé mille ans.
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