Torah from Rabbanim w Yirat Shamaym

Rav Touitou chlita - Le Yetser Hara de la Techouva

אִם יִרְצֶה הַשֵּׁם

chiour

Ce mercredi matin du 10 juin, le Rav David Touitou chlita a donné un cours d'une grande profondeur sur un sujet que beaucoup découvrent à leurs dépens : les ennemis de la techouva, ou comment le yetser hara (l'inclination au mal) revient souvent plus fort précisément quand on s'approche de la Torah et de la sainteté. Ce chiour a été offert par André Joëlimaba pour la techouva, le succès et la santé de son fils Gill Samuel Benjamin ben Joseph Khem, qui ouvre les portes de son cœur à la Torah et aux mitzvot sans rien ajouter ni retrancher. Que le mérite de cette étude protège toute la famille et accompagne le jeune homme dans son chemin. Le Rav a également eu une pensée pour l'iloula d'un des plus grands maîtres contemporains du judaïsme, et pour tous les malades d'Israël.

Les ennemis de la techouva

Un juif qui fait techouva doit sourire à la synagogue, étudier avec le sourire, battre des mains quand il comprend un Tosfot. Ceux qui ont compris que la techouva apporte la vraie joie ne regardent plus en arrière avec envie. La techouva n'est pas une prison. C'est le début d'une vie vraie.

Le Rav ouvre en expliquant pourquoi il a choisi ce sujet ce matin-là : parce que c'est la paracha de Korach. Pourquoi Korach est-il venu défier Moché ? Parce qu'il a dit : « Toi, tu as la Torah ? Moi aussi je l'ai. » Il était très fort dans la Torah, il connaissait les secrets, il était capable de dire au roi David comment arrêter le déluge... et pourtant il est tombé dans la plus grande des rébellions.

Le Rav compare le yetser hara à une mouche. Une mouche ne va que là où il y a du miel ou du sucre. Plus il y a de miel, plus les mouches viennent. Et quand tu envoies la mouche, elle revient. Tu la chasses du plat, elle revient. Tu la chasses de ta joue, elle revient. Elle risque sa vie, mais elle ne lâche pas.

C'est exactement ce qui se passe avec le yetser hara après la techouva. On croit que parce qu'on a fait techouva, parce qu'on étudie, parce qu'on s'est rapproché, le danger est passé. Au contraire : le miel de la Torah, de la prière, de la proximité avec Hachem, attire le yetser encore plus fortement. Il ne te laisse pas tranquille. Comme la mouche qui revient toujours tant qu'il y a quelque chose de doux.

C'est pour cela que le Rav insiste : la techouva n'est pas un événement ponctuel. C'est un combat permanent.

Le midrash enseigne que lors du déluge, Noé a fait entrer dans la Teva (l'arche) les animaux purs par sept couples et les autres par deux. Pourtant, la menterie et la tromperie sont entrées avec lui. Même les démons sont entrés dans l'arche. Et quand la Teva s'est ouverte, ces mêmes forces ont descendu et le monde est devenu plein de mensonge, de tromperie et d'escroquerie.

La leçon est terrible et consolante à la fois : même quand tu entres dans un lieu de protection, même quand tu fais techouva, même quand tu es « sauvé », les forces négatives peuvent s'infiltrer avec toi. Tu ne les as pas choisies ; elles se sont glissées à l'intérieur. Et si tu baisses la garde, elles ressortent et dévastent tout.

C'est ce que le Rav veut nous faire comprendre : la techouva ne te met pas à l'abri automatiquement. Elle te donne les outils, mais tu dois rester vigilant à l'intérieur même de l'arche.

L'exemple du Kohen Gadol

Le Rav rappelle l'exemple du Kohen Gadol. Celui qui servait au Temple le jour de Kippour entrait enchaîné, car on craignait qu'il ne meure s'il avait fauté. Pourquoi ? Parce que le Kohen Gadol qui fautait en pensée, en parole ou en action mourait le jour même de Kippour.

Shimon HaTzadik a servi quarante ans comme Kohen Gadol. Yochanan a servi quatre-vingts ans. Quatre-vingts ans sans avoir fauté en pensée, en parole ou en action... c'est extraordinaire. Et pourtant, même des géants sont tombés. Personne n'est à l'abri.

Le message : plus on monte, plus le yetser est rusé. Plus on a de Torah, plus il faut de garde.

La techouva n'est pas une arrivée, c'est un commencement

Une des plus grandes erreurs, dit le Rav, est de croire que « j'ai fait techouva, c'est bon ». Rien n'est acquis. La techouva n'est pas une arrivée, c'est un début. Chaque jour.

Celui qui pense « j'ai réussi, je suis arrivé », celui-là a déjà arrêté de progresser. C'est pour cela qu'on nous dit de ne pas avoir confiance en soi jusqu'au jour de notre mort.

Le Rav donne l'exemple d'une personne qu'il a rencontrée la veille : elle allait très bien dans sa vie, elle avait une opinion, elle s'exprimait bien... et d'un coup, elle a été « renversée ». Il ne s'était rien passé avant. Mais la vie n'est pas acquise. La techouva non plus.

Même quelqu'un qui jeûne quarante jours de suite, ou qui est vigilant pendant quarante ans, peut retomber en un instant : un choc émotionnel, une mauvaise nouvelle, et tout peut partir. On jette les tefillin, on laisse le Chabbat...

C'est pourquoi il faut être prudent tous les jours.

Les grands pièges après la techouva

Le Rav détaille plusieurs erreurs classiques des baalei techouva :

Baisser la garde. On se dit « j'ai fait techouva, je suis au-dessus de tout ». On se permet tout. Et c'est précisément là que le yetser frappe.

L'orgueil spirituel : mépriser ceux qui sont encore loin. C'est une des plus grandes chutes du baal techouva. On a eu le mérite de comprendre, et on méprise ceux qui n'ont pas encore compris. Le Rambam enseigne que l'humilité est indispensable au service divin. Sans elle, on n'a même pas commencé sa techouva. Un vrai baal techouva ne juge pas : il prie que les autres aient le même mérite que lui.

Vouloir tout changer d'un coup. Beaucoup montent trop vite, trop haut, et s'étouffent. Le yetser adore ça : il t'aide à grimper très haut dans l'étude, dans la pratique... et un matin tu te réveilles en disant « cette techouva m'étouffe ». Tu abandonnes tout.

Le Rav raconte son examen de plongée en mer. Il était très fier d'être descendu très profond. Mais ce qu'il avait oublié, c'est la remontée. Il faut de l'air pour remonter. De même dans la techouva : il faut nourrir le corps et l'âme, marcher, faire du sport, profiter de la vie de façon permise. Sinon, on s'étouffe et on rejette tout.

Servir sans joie. C'est le piège que le yetser préfère le plus. Voir les gens du « monde impur » qui semblent si joyeux (concerts, danses mixtes, voyages, bières...) et se dire « eux ils sont heureux, et nous on est là à étudier avec une tête de carême ». Servir Hachem avec tristesse, comme si on était en deuil, est la plus grande des erreurs. « Sois heureux Israël, souris. Hachem te regarde, Il t'aime. »

Le service dans la joie est ce qui protège le plus.

Transformer l'interdit en permis, avec cadre

Le Rav insiste sur un point capital : la techouva n'est pas l'abandon de tous les plaisirs de ce monde. C'est le contraire. C'est transformer les interdits en permis.

Tu veux aller au restaurant ? Va. Mais que le cuisinier soit juif et que ce soit casher. Tu veux partir en vacances ? Pars. Mais pas dans un endroit où les piscines sont mixtes et où tu risques de perdre ton monde futur avec tes yeux.

La Torah ne demande pas de souffrir. Elle demande de cadrer la vie de façon à ce que tout ce que tu fais te rapporte un mérite après ta mort, et non une accusation.

C'est ça, « jouer serré » : profiter de la vie, mais dans un cadre qui sanctifie.

la techouva se vit avec un sourire

Le Rav termine en rappelant que le pire piège du yetser après la techouva, c'est de nous faire oublier la joie. Servir avec tristesse est le plus grand des péchés du monde, car cela fait fuir les gens et rend la proximité avec Hachem insupportable.

Un juif qui fait techouva doit sourire à la synagogue, étudier avec le sourire, battre des mains quand il comprend un Tosfot. Ceux qui ont compris que la techouva apporte la vraie joie ne regardent plus en arrière avec envie.

La techouva n'est pas une prison. C'est le début d'une vie vraie.

Que chacun de nous ait le mérite de faire une techouva qui dure, humble, joyeuse, et qui attire les autres par sa lumière plutôt que de les repousser.

Col Touv.