Torah from Rabbanim w Yirat Shamaym

Rav Touitou chlita - Le poids du pardon

אִם יִרְצֶה הַשֵּׁם

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Faut-il vraiment tout pardonner ?

Cours offert par Myiam Aknin, pour la réfouah chéléma de son père Anrak Benamal, de la part de ses enfants et petits-enfants qu'il aime tant. Que le mérite de cette étude lui soit accordé, ainsi qu'à tous les malades d'Israël.


Le pardon est l'un des sujets les plus difficiles qui soit. On en parle souvent, on croit le connaître, et pourtant on s'y cogne presque tous à un moment de notre vie. Ce cours n'est pas théorique. Il touche à tout le monde, à des degrés différents, certainement. C'est pour ça qu'il faut l'écouter et le partager.


Pourquoi pardonner change votre destin

Il y a une vérité que la Torah enseigne avec une clarté absolue : notre comportement envers les autres influence, mesure pour mesure, le jugement divin qui nous concerne. Tu as été bon, on sera bon avec toi. Tu as su faire preuve de patience, on sera patient avec toi. Tu as pardonné, on te pardonnera.

Une femme m'a appelé un jour en me disant : "Mon mari m'a trompé, je n'arrive pas à lui pardonner. Donnez-moi la force d'y arriver." Je lui ai demandé si elle était très pieuse. Elle m'a répondu non, qu'elle avait encore beaucoup à travailler sur elle-même. Alors je lui ai dit : "Vous rendez-vous compte de ce que votre mari vous offre, malgré tout le tort qu'il vous a fait ? Si un jour vous quittez ce monde en vous étant renforcée dans la Torah et la techouva, vous pourrez dire à Dieu : Maître du monde, mon mari m'a trahie, et je lui ai pardonné. Alors toi, tu ne peux pas me garder ainsi."

Le raisonnement inverse est tout aussi vrai. Si on maudit, si on frappe, si on retient une rancune dans son coeur en cherchant la vengeance, le Créateur du monde aura la même conduite envers nous. C'est pour ça qu'avant la prière de Yom Kippour, le rabbin crie dans toute la synagogue : "Pardonnez-vous tous les uns les autres. Car si on ne se pardonne pas entre nous, comment pourrait-on être pardonné du ciel ?"


Voir le bâton, mais aussi celui qui le tient

On tombe parfois sur des gens toxiques, des gens méchants, des gens qui nous ont rabaissés toute notre vie. Comment les aimer ? La Torah nous donne une clé : on peut regarder le bâton, mais on peut aussi voir celui qui le tient.

Derrière chaque épreuve, derrière chaque personne qui nous a fait du mal, il y a un tikoun. Une réparation à accomplir. Si Dieu l'a laissé faire, c'est que quelque part, quelque chose devait se réparer. N'oublions pas un détail fondamental : nous sommes venus dans ce monde pour prendre du mérite. Le mérite n'existe que face à l'épreuve. Ce n'est pas un hasard si les gens les plus honorables, les plus respectables, sont souvent ceux qui ont le plus souffert. Quelqu'un dont la vie a toujours été parfaite, papa, maman, femme, enfants, travail, tout superbe, eh bien quand il meurt, il n'y a pas grand-chose à dire. C'est justement ce qui a tenu le peuple d'Israël en éveil pendant tous ces siècles.


Quand le pardon complet n'est pas exigé

La Torah valorise énormément le pardon. Mais elle n'ordonne pas de pardonner aveuglément dans toutes les situations. Sinon ce serait trop facile : je fais du mal, tu pardonnes. Je refais du mal, tu pardonnes encore. Le Rambam l'explique clairement dans Hilkhot Téchouva, chapitre 2 : si quelqu'un vient demander pardon sans regret sincère, sans reconnaître sa faute et sans volonté de changer, le pardon complet ne peut pas véritablement s'installer.

Il y a quatre situations où ne pas pardonner immédiatement est non seulement légitime, mais parfois nécessaire.

Quand la personne continue à faire du mal. Si quelqu'un blesse, humilie, manipule ou détruit encore volontairement, la Torah ne demande pas de lui donner un accès illimité à notre vie. Je peux te respecter en tant qu'être humain sans avoir confiance en notre relation. La Torah ne te demande pas d'être un pigeon, une serpillère. Elle dit : sois intelligent.

Quand il n'y a aucune téchouva. Même Hachem attend la téchouva pour accorder la kappara. Le pardon véritable répare la relation. Mais quand une personne nie totalement sa faute, tout devient protocolaire. Salut. Ça va ? Le vase brisé, même recollé, laisse des cicatrices visibles. Et le vrai pardon, c'est autre chose.

Quand pardonner trop vite encourage le mal. Le roi Salomon l'écrit dans Michlei : "Le naïf croit tout. La bonté sans discernement peut devenir la destruction de sa propre personne." Des fois, ne pas pardonner immédiatement a une valeur éducative. Une petite fille de sept ans l'a dit elle-même à sa mère qui l'avait menacée de ne pas l'emmener à la bar-mitsva de son cousin : "De toute façon, tu pardonnes tout le temps, maman." Voilà ce que peut ressentir un enfant de sept ans quand les conséquences ne tiennent pas.

Quand le silence met d'autres en danger. La Torah dit : lo ta'amod al dam re'echa, ne reste pas indifférent devant le sang de ton prochain. Protéger les innocents passe avant l'image de gentillesse. Parfois, le silence est complice.


Ne pas pardonner ne veut pas dire haïr

Il y a une confusion fréquente entre refuser de pardonner et nourrir de la haine. Ce sont deux choses très différentes.

Rabi Meir Kagan écrivait qu'il faut éviter que la colère devienne une identité. La Torah ne veut pas un coeur rempli de vengeance, une obsession de la blessure, une haine éternelle. Elle veut de la justice, de la vérité, de la protection. Comme il est écrit dans la 18e michna d'Avot : le monde tient sur trois choses, la justice, la vérité et la paix.

Si tu n'arrives pas à pardonner, tu as le droit de chercher justice, vérité et protection. Mais trois choses te sont interdites : un coeur rempli de vengeance, une obsession de la blessure, et la haine intérieure.

Et surtout : ne descends pas à leur niveau. Les gens qui t'ont fait du mal veulent que tu deviennes comme eux. Haineux, agressif, toxique. C'est là qu'ils gagnent vraiment. Si tu étais quelqu'un de bien avant qu'ils te touchent, la plus grande victoire, c'est de rester quelqu'un de bien malgré tout.


Pardonner vraiment : jeter le vase brisé

Le vrai pardon, ce n'est pas recoller le vase brisé. C'est le jeter et en acheter un nouveau. Un redémarrage. Un renouveau. On laisse le passé de côté et on redémarre. "Bonjour, comment tu t'appelles ?"

Combien de fois j'ai vu des couples se disputer pour des broutilles parce que l'un des deux ramenait un passé pourtant déjà pardonné. Pourquoi tu rappelles ça ? Ça a été pardonné. Oui, mais il y a une raison : quand le passé qui appartient au passé est encore d'actualité dans le présent, c'est que le pardon n'était pas complet. On le ramène parce qu'il nous ronge encore.

Le vrai pardon, c'est quand le passé reste vraiment là où il est.


Témoignage personnel

Vous savez pourquoi je pardonne à ceux qui m'ont fait du mal ? Parce que j'estime que j'ai mieux à faire que de perdre mon temps avec ça.

Quand j'étais jeune, j'étais bègue. J'avais du mal à lire. Je ne suis pas allé très loin dans mes études. Des gens m'ont dit : "Toi, personne ne te comprendra jamais." On m'a beaucoup humilié. Encore aujourd'hui sur certains plans. Mais ce n'est pas grave.

Je suis là où j'en suis aujourd'hui grâce à Dieu, et grâce à ma mère et à ma femme qui m'ont soutenu toutes ces années. Surtout parce que je n'ai jamais cru ce que les autres disaient de moi. Je me suis toujours dit qu'une graine peut mettre plus de temps qu'une autre pour grandir. Je me suis accordé ce temps.

Hier, quelqu'un a écrit sur un de mes cours : "C'est quoi ce chapeau de sorcier ?" Il faut vraiment être vide dans l'esprit pour écrire ça. Les gens bas d'esprit t'écrivent des commentaires, te critiquent, te jugent. Pendant qu'eux me critiquent, moi je me construis. C'est mon conseil.

Si quelqu'un n'a pas réussi à te détruire, c'est que tu as réussi à transformer toutes ces paroles en une seule réponse : tu avais tort.

Quand on nous dit du mal de nous dans la 'hassidout, on dit que du ciel on veut te montrer ce que tu dois améliorer. La confiance en soi est le premier pas qui te permettra de surmonter la bêtise des autres et de pardonner, parce que tu as mieux à faire que de perdre ton temps avec des personnes toxiques.


Conclusion : le plus haut niveau

Le plus haut niveau n'est pas toujours de reprendre la relation. Parfois, le plus haut niveau c'est de dire : je lâche, je laisse le jugement à Hachem. Je ne veux pas me salir par la haine, mais je ne veux pas non plus permettre au mal d'entrer dans ma vie.

Le mensonge tient sur un pied. Quand on nous dit du mal de nous, il y a parfois un soupçon de vérité. Et dans toute vérité, il y a parfois un soupçon de mensonge. C'est ça qu'on doit voir. Être objectif, ne pas vivre dans le déni ni dans les amalgames.

Si la relation est possible, tant mieux. Si elle ne l'est pas, chacun chez soi, avec un coeur relié à Dieu.


En ce Yom Yerushalayim, jour du miracle de Jérusalem 1967, par le mérite du prophète Samuel HaNavi, puissions-nous n'avoir que de bonnes nouvelles. Et puissions-nous, au moins entre juifs, apprendre à nous aimer. Israël est peut-être le plus petit peuple du monde. Mais c'est la plus grande et la plus belle famille du monde.

Col Touv.