אִם יִרְצֶה הַשֵּׁם
Chavouot n'est pas une commémoration. C'est là l'enseignement fondateur du Rabi de Loubavitch, Rav Menahem Mendel Schneerson zt"l.
Quand le Rabi prononce cette phrase, il y a tout un monde derrière. Il dit : arrêtez de traiter vos fêtes religieuses comme des mémoriaux d'un passé lointain. La Torah ne date pas d'avant. Elle descend maintenant.
Chaque année, au moment de Chavouot, la même intensité qui a permis au peuple d'Israël de recevoir la Torah au Sinaï se renouvelle réellement dans le monde. Ce n'est pas une image. C'est une réalité spirituelle. Et c'est toute la différence.
1. Un souvenir ou un renouvellement ?
Le Rabi s'appuie sur une observation simple : quand nous récitons la bénédiction sur la Torah chaque matin, nous disons asher natan lanu — qui nous a donné. En hébreu, c'est le présent. Pas le passé. Pas « qui nous a donné il y a 3500 ans. » Qui nous donne.
Cela signifie que Hachem donne la Torah à chaque instant, chaque jour. Mais le jour de Chavouot, quelque chose de particulier se produit. L'ange de la Torah, appelé Yafé, vient frapper au cœur de chaque juif. La Torah elle-même se présente à la porte. Ce n'est pas toi qui vas chercher la Torah à la bibliothèque. C'est elle qui vient te trouver, te rappelant que vous êtes mariés depuis 3500 ans.
C'est pour cette raison qu'on ne dort pas la nuit de Chavouot. Non pas seulement pour réparer le fait que nos ancêtres se seraient endormis au Sinaï. Mais parce que quand tu es éperdument amoureux, tu ne dors plus. Tu attends.
2. Le mariage avec la Torah
La relation entre le peuple d'Israël et la Torah est celle d'un couple. Et comme tout couple, elle exige un renouvellement quotidien.
Le Rabi raconte l'histoire d'un mari qui emmène sa femme dans un grand restaurant romantique. Le même qu'ils fréquentaient hier, avec les mêmes bougies. La femme lui demande : « Mais on était là hier soir, pourquoi revenir aujourd'hui ? » Et le mari répond : « Précisément. Si je t'avais emmenée ici uniquement pour notre anniversaire, ça voudrait dire que c'est la date qui compte. Je voulais te montrer que hier, même sans occasion, c'était aussi grand qu'aujourd'hui. »
Voilà ce que dit la Torah à chaque juif. N'attends pas Chavouot pour venir me voir. N'attends pas le Chabbat ou Yom Tov. Chaque jour est une opportunité. Un mot doux, un geste, un sourire, une heure d'étude. Parce que quand un être cher comprend qu'on peut vivre sans lui, c'est le début de la fin.
3. La Nida : une leçon de renouveau
La même logique de renouvellement se retrouve dans les lois de la pureté familiale. Selon le Rav de Loubavitch, chaque nuit où la femme revient du mikvé, c'est un remariage. La séparation de deux semaines n'est pas une privation — c'est un investissement dans l'intensité des retrouvailles.
Pendant ces deux semaines, on ne peut pas toucher, mais on peut parler. On rencontre l'âme de sa femme plutôt que son corps. Et quand le corps redevient accessible, il porte avec lui la profondeur de cette rencontre intérieure.
C'est exactement ce que la Torah demande à chacun d'entre nous. Ne viens pas me voir uniquement quand tu as besoin de quelque chose. Ne me convoque pas seulement pour les brit milas, les bar-mitsvas, les mariages. Viens étudier le lundi, le mardi, le mercredi. Ce mariage avec la Torah, ça se vit tous les jours.
4. L'unité avant Chavouot
Le Rabi insistait beaucoup sur un point avant Chavouot : l'unité entre juifs. Les sept semaines du Omer ne sont pas là par hasard. Ce sont sept semaines pour apprendre à faire la paix avec l'autre, à demander pardon, à poser son ego.
Car arriver à Chavouot fâché avec un autre juif, c'est comme un entonnoir percé. La douche de Torah du ciel passe à travers toi sans s'arrêter. La Torah ne repose pas dans l'orgueil. Elle repose dans l'humilité et l'amour du prochain.
Cette génération a un ego phénoménal. Aujourd'hui, quand quelqu'un a tort, au lieu de le reconnaître, il ressort les torts de l'autre. On ne sait plus demander pardon simplement, clairement, sans condition. Pourtant, le Rabi — qui était un géant de la Torah — restait debout toute la journée même devant de petits enfants qui venaient lui demander des bénédictions. C'est ça, l'humilité qui permet à la Torah de s'installer.
5. La Matière et le Spirituel, réunis
Il y a un enseignement du Rabi qu'on pourrait appeler sa bombe atomique. Avant le Sinaï, le ciel était le ciel et la terre était la terre. Après le don de la Torah, tout a changé. Hachem a fait descendre la Torah sur la matière du Sinaï, unissant le monde d'en haut et le monde d'en bas comme l'âme et le corps dans l'être humain.
Hachem ne voulait pas d'anges pour recevoir la Torah. Il voulait des hommes. Des êtres composés de ciel et de terre ensemble. C'est pour cela que la création commence par le ciel et la terre, alterne entre les deux, et aboutit au sixième jour à l'homme — fait des deux.
Et c'est pourquoi on apporte des fleurs et des plantes à la synagogue pour Chavouot. Au Sinaï, Dieu avait couvert la montagne de végétation exotique pour que la Torah soit donnée dans la beauté. La matière au service du sacré — c'est cela le message de Chavouot.
En Pratique
Le Rabi donne trois conditions pour recevoir la Torah le jour de Chavouot :
-
Avec soif et émotion. Arrive à Chavouot en te demandant : est-ce que je veux vraiment cette Torah ? Pas comme un devoir. Comme une personne qui attend quelqu'un qu'elle aime.
-
Avec une grande humilité. La Torah ne descend pas sur l'orgueil. Avant Chavouot, règle un conflit. Demande pardon à quelqu'un. Dépose ton ego.
-
Avec la sensation que la parole d'Hachem descend aujourd'hui dans ta vie. Chavouot n'est pas la fête du passé. C'est le jour où Hachem regarde chaque âme et lui demande encore : « Si je te proposais ma Torah aujourd'hui, est-ce que tu la voudrais ? »
Conclusion
La question du Rabi résume tout. Hachem redonne la Torah chaque année. La question est de notre côté : sommes-nous prêts à la recevoir ?
Un juif éloigné, une âme perdue dans l'obscurité — peu importe. Au fond de chaque juif brûle une étincelle du Sinaï qui ne s'est jamais éteinte. Nous étions tous là, avant la faute du veau d'or, dans cette pureté originelle. Cette connexion ne disparaît pas. Elle attend juste d'être retrouvée.
N'attends pas l'anniversaire pour emmener ta femme au restaurant. N'attends pas Chavouot pour ouvrir un livre de Torah. Chaque jour est une occasion. Chaque instant est un renouvellement.
Chag Sameach Israël.