אִם יִרְצֶה הַשֵּׁם

Cette semaine, je garderai les yeux ouverts pour repérer les signes que Hachem place sur ma route. Au moins une fois par jour, je m’arrêterai et je me demanderai :
- Sécurité : Y a-t-il ici un message qui me rappelle d’être plus prudent pour ma sécurité ou celle de ma famille ?
- Paix : Y a-t-il ici un message pour m’apprendre à apprécier le cadeau de la paix dans ma vie ?
- Gratitude : Y a-t-il ici un petit désagrément qui me rappelle de remercier Hachem pour toutes les fois où tout s’est bien passé ?
Et je prendrai une action concrète : vérifier un détecteur de fumée, dire un Modeh Ani supplémentaire avec intention, ou simplement m’arrêter pour dire : « Merci, Hachem, pour ce moment de paix. » Car c’est le chemin de la gratitude. C’est la route vers la grandeur.
Prologue : Qu’est-ce que Hachem attend de moi ?
C’est une question que tout le monde devrait se poser de temps en temps, et même très souvent, car la réponse à cette question est tout.
Dans la paracha de cette semaine, nous lisons l’histoire d’un homme qui a commis une terrible erreur. Il coupait du bois dans la forêt, le fer de sa hache s’est détaché, a volé et a frappé un autre Juif, le tuant sur le coup. La Torah le qualifie de rotzéa’h, de meurtrier, même s’il n’avait aucune intention de nuire. Il doit s’enfuir vers une ville de refuge, où il vivra en exil jusqu’à la mort du Grand Prêtre.
Cette loi est surprenante. Pourquoi un homme qui n’a rien fait de mal est-il puni ? Et pourquoi doit-il s’enfuir précisément dans une ville habitée par des Lévites, des maîtres de Torah ?
La réponse, comme Rav Miller l’explique, est que Hachem ne cesse de nous enseigner, même quand nous ne le réalisons pas. Cet exil n’est pas une punition. C’est une leçon. Hachem montre à cet homme, et à nous tous, comment lire les panneaux indicateurs sur la route de la vie.
Première partie : La sécurité avant tout
La Torah dit que le meurtrier involontaire doit fuir vers une ville de refuge, et nos Sages enseignent que des panneaux étaient installés à chaque carrefour avec l’inscription « Ville de refuge » et une flèche indiquant la direction. Mais la Torah ajoute un détail essentiel : תָּכִין לְךָ הַדֶּרֶךְ, « Tu prépareras la route pour toi-même » (Devarim 19,3).
Qu’est-ce que cela signifie ? Rav Miller explique qu’il ne s’agit pas uniquement du meurtrier involontaire. Il s’agit de nous tous. Hachem place aussi des panneaux sur nos routes, des signes destinés à nous réveiller, à nous protéger et à nous ramener vers Lui.
Prenons un exemple concret. Vous apprenez qu’un immeuble a brûlé parce que les issues de secours étaient bloquées. Vous lisez qu’un enfant est tombé d’une fenêtre faute de barreaux. Vous voyez un accident de voiture causé par un conducteur imprudent. La plupart des gens haussent les épaules. « Quel drame, c’est terrible. » Et ils passent à autre chose.
Rav Miller dit : arrêtez-vous. Ce drame était un message. Hachem vous enseigne une leçon. Êtes-vous assez prudent ? Vos détecteurs de fumée fonctionnent-ils ? Vos fenêtres sont-elles sécurisées ? Conduisez-vous avec précaution ?
Il donne un exemple frappant. Une femme allume ses bougies de Chabbath, puis quitte la pièce pour s’habiller en laissant ses jeunes enfants jouer à proximité. Un père distribue des mémorot de Hanoucca à ses enfants, les allume, puis sort de la pièce. C’est imprudent et dangereux. Hachem nous envoie des avertissements, à travers les tragédies dont nous entendons parler, pour nous sortir de notre indifférence.
Le point essentiel est celui-ci : ne soyez pas un ’hoté, un pécheur qui ignore les signes. Lorsque vous entendez parler d’une tragédie, ne vous contentez pas d’éprouver un peu de compassion. Agissez. Vérifiez vos détecteurs de fumée. Installez des protections aux fenêtres. Conduisez plus prudemment. Voilà ce que Hachem attend de vous.
Deuxième partie : Le cadeau de la paix
Passons à la deuxième leçon. Le même principe s’applique non seulement à la sécurité, mais aussi au shalom, à la paix.
Rav Miller enseigne que lorsque vous lisez des guerres et des catastrophes dans des pays lointains, au Congo, en Irak, au Bangladesh, vous ne consommez pas simplement des informations. Vous recevez un message de Hachem. La Guémara dit : אֵין פּוּרְעָנוּת בָּאָה לָעוֹלָם אֶלָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל, « Aucun châtiment ne vient dans le monde si ce n’est à cause d’Israël » (Yevamot 63a). Cela signifie que chaque catastrophe qui arrive quelque part est, d’une certaine manière, pour notre bien, pour nous éveiller, pour nous rendre reconnaissants, pour nous amener à la techouva.
Imaginez un jeune soldat américain de dix-huit ans envoyé en Irak. Il est terrifié. Il rédige son testament. Il est allongé dans le désert, les balles sifflent au-dessus de sa tête. Imaginez maintenant ce même soldat transporté par magie dans une rue chaude et humide de New York, sans argent, sans travail, sans rien. Serait-il heureux ? Il serait aux anges. Parce qu’il a la paix. Personne ne lui tire dessus. Personne ne frappe à sa porte au milieu de la nuit.
Rav Miller affirme que c’est le sentiment que vous devriez éprouver chaque jour. Vous pouvez dormir tranquillement la nuit. Personne ne défonce votre porte. Personne ne bombarde votre quartier. C’est un cadeau. Hachem nous envoie des images de guerre et de souffrance, non pas pour nous déprimer, mais pour nous faire apprécier le cadeau que nous possédons déjà.
Alors, la prochaine fois que vous lisez une nouvelle sur une guerre, ne vous contentez pas d’être triste. Soyez reconnaissant. Dites : Baroukh Hachem, je suis en sécurité. Baroukh Hachem, ma famille est en sécurité. Merci, Hachem, pour la paix que je prends pour acquise. C’est la techouva qui naît de la gratitude, le niveau le plus élevé.
Troisième partie : Les moindres signes
Arrivons maintenant à la leçon la plus remarquable. Rav Miller s’appuie sur la Guémara dans le traité Érekhin (16b) pour enseigner que même les plus petits désagréments du quotidien sont des messages de Hachem.
Voici ce que disent nos Sages. Rabbi Elazar dit : si un homme commande un nouveau manteau chez un tailleur et qu’en l’essayant, il ne lui plaît pas, ce sont des yissourim, des souffrances, un message de Hachem. Rav Zéira ajoute : même si un homme demande de l’eau chaude pour son vin et qu’on lui sert de l’eau froide, ce sont des yissourim. Une braïta enseigne : si un homme met la main dans sa poche pour sortir une pièce de dix centimes et qu’il sort une pièce de cinq centimes, ce sont des yissourim.
Vous pourriez penser que c’est ridicule. Ce sont des choses insignifiantes. Pourquoi les Sages perdraient-ils leur temps avec des futilités pareilles ?
Rav Miller explique que rien n’est insignifiant quand cela vient de Hachem. Si Hachem vous parle, même à travers un lacet de chaussure emmêlé, c’est un événement majeur.
Vous êtes pressé, vous attrapez vos clés sur la table et elles glissent de votre main et tombent par terre. La plupart des gens râlent : « Je suis maladroit. » Rav Miller dit : arrêtez-vous. Ce n’était pas un accident. C’est Hachem qui vous dit : regardez vos mains. Regardez vos doigts. Depuis des semaines, des mois, des années, ils fonctionnent parfaitement. Vous avez pris vos clés des milliers de fois sans les faire tomber. L’avez-vous jamais remercié pour cela ?
Vous faites la vaisselle et vous cassez un verre. Rav Miller dit que c’est un message. Peut-être un rappel pour surveiller vos paroles. Peut-être avez-vous « brisé » le moral de quelqu’un par des propos durs. Midda kenegued midda, mesure pour mesure.
Vous nouez vos lacets et vous tombez sur un nœud. Au lieu de vous énerver, réfléchissez : pendant trente jours, j’ai noué mes lacets sans aucun problème. Hachem, merci pour tous ces jours. Et peut-être dois-je travailler sur les « nœuds » de mon propre caractère, mon entêtement, mon impatience.
Même une poussière dans l’œil est un rappel pour réciter la bénédiction Pokea’h ivrim, « Celui qui ouvre les yeux des aveugles », avec un sentiment authentique. Vos yeux sont des instruments délicats, des mécanismes complexes, et ils fonctionnent jour après jour, année après année. C’est un miracle. Hachem envoie une petite poussière pour vous rappeler ce miracle.
C’est le premier pas de la techouva : reconnaître le bien que Hachem vous prodigue constamment, et utiliser les petits accrocs du quotidien pour vous réveiller et dire « Merci ».
Quatrième partie : Le niveau le plus élevé de la techouva
Rav Miller enseigne qu’il existe quatre niveaux de motivation pour faire techouva. Le plus haut niveau est la techouva qui naît du bonheur et de la reconnaissance, quand on prend conscience de la bonté constante de Hachem et qu’on est poussé à mieux Le servir en retour. Le deuxième niveau est la techouva qui vient de la réprimande, quand on entend un avertissement et qu’on le prend à cœur. Le troisième niveau est la techouva qui vient de voir les difficultés des autres, quand on prend peur et qu’on change ses voies. Le niveau le plus bas est la techouva qui vient de la souffrance personnelle, quand on ne se réveille qu’après avoir été touché directement.
Voici l’idée révolutionnaire. Rav Miller dit que dans notre génération, même le niveau le plus bas est déjà une grande réussite, parce que la plupart des gens qui souffrent ne pensent pas du tout à la techouva. Mais le but est d’atteindre le niveau le plus élevé, faire techouva non pas parce qu’on a peur, mais parce qu’on est reconnaissant.
C’est ce que nous enseigne cette paracha. Le meurtrier involontaire n’a pas souffert parce qu’il était méchant. Il a souffert parce qu’il avait besoin d’apprendre. Et Hachem l’a guidé, par des panneaux sur la route, par une communauté de maîtres de Torah, pour le ramener sur le droit chemin.
Vous et moi avons la même opportunité. Chaque jour, Hachem place des signes sur notre route : une information, une situation limite, une clé qui tombe, un lacet emmêlé. Il est Moré ’hataïm badérekh, Il enseigne aux pécheurs la voie.
La question est : sommes-nous attentifs ?
D’après les enseignements de Rav Avigdor Miller Zatsal, tels que présentés dans Torat Avigdor : Paracha Choftim
Chabbat Chalom