Torah from Rabbanim w Yirat Shamaym

Rav David Touitou chlita - Aimer même lorsqu'on est déçu

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Continuer à aimer malgré les coups

Ce cours est offert pour l'élévation de l'âme de Reb Hous Zanzouri ben Jalouna celui qu'on appelait « Papi Jojo », un grand homme, un mari, un père, un grand-père et un arrière-grand-père exemplaire, qui a vécu dans la si magnifique ville d'Ashdod, cette ville que le Rav a lui-même le mérite de fréquenter chaque jour puisqu'il y vit, grâce à Dieu. Que son mérite protège tout le peuple d'Israël. Ce chiour, riche de messages qui touchent le cœur, est offert par la famille Zanzouri et ses enfants.

Le Rav ouvre le cours par une pensée profonde : que Dieu nous donne les moyens d'aider et de soutenir la Torah. On croit qu'on l'aide, on croit qu'on la soulève, mais c'est elle qui nous sauve, c'est elle qui nous révèle et c'est surtout elle qui nous élève. Qu'on ne confonde pas les rôles.

Aimer, prévient le Rav, c'est dangereux. Pour ne pas souffrir dans ce monde, il faut beaucoup réfléchir avec sa tête et pas seulement avec son cœur. Dès qu'on touche au cœur, on dévoile les sentiments et les émotions dans le bon comme dans le mauvais sens. La colère elle-même est vécue par le cœur et non par la tête.

Aimer, c'est agréable, c'est vital, ça donne envie de vivre. Mais quand on est frappé, notre amour devient un réceptacle bien plus compliqué. Car lorsqu'on aime quelqu'un, le petit mal qu'il nous fait prend des dimensions beaucoup plus importantes. Pourquoi ? Parce qu'on ne souffre réellement que des gens qu'on aime.

Et il existe une chose capable d'anéantir, de détruire, d'effacer l'amour : la déception. Quand on est profondément déçu, blessé, rabaissé, humilié, ignoré, voire oublié par des gens qu'on aime et à qui on a tout donné, cet amour peut se transformer en haine très rapidement. On passe de l'amour à la déception, puis au recul, et d'un coup on se dit : « Mais j'ai été bête. » C'est l'esprit qui prend alors le dessus sur le cœur et les sentiments.

C'est pour cela, explique le Rav, que la Torah parle du talmid hacham. Le sage est celui qui se protège parce qu'il met en avant son intellect et son raisonnement avant ses sentiments. Pour ne pas souffrir, et pour continuer à grandir tout en aimant chacun malgré les déceptions reçues à chaque épreuve de la vie, il suffit de redonner les rênes à l'intellect : que ce soit lui, et lui seul, qui nous permette d'ouvrir notre cœur. Car si le cœur prend les rênes de notre vie, on en prend plein la tête.

Il y a des cas, bien sûr, où l'on n'a pas le choix : nos enfants, notre conjoint, on les aime pour le meilleur comme pour le pire. Là, la déception nous demandera beaucoup plus d'efforts dans l'amour. Et continuer à aimer malgré les déceptions, les tromperies, les mensonges et les défaillances qui accompagnent notre quotidien, c'est précisément rejoindre la conduite de Dieu.


Continuer à aimer malgré la déception, c'est ressembler à Dieu

Regardez la paracha, dit le Rav. Dieu dit en substance : « Je suis déçu. Comment me faites-vous une chose pareille ? J'en ai marre. » Et dans la paracha qui suit, à propos des plaintes du peuple : « Encore vous vous plaignez, encore vous critiquez ce que Je vous donne, encore vous critiquez la terre que Je vous ai donnée… »

Et pourtant, tous les soirs et tous les matins, dans la prière, juste avant le Chéma Israël, on dit une chose incroyable : Ahavat olam « d'un amour éternel Tu nous as aimés. » Au nom de Dieu, malgré tout, on continue de signer cet amour.

Comme le Rav l'a déjà enseigné, nous ne sommes pas un peuple élu mais un peuple choisi : nous sommes élus parce que nous avons été choisis, et non élus par notre propre choix. Et pourquoi avons-nous été choisis ? Parce que Dieu nous aime. C'est ce qu'on appelle « l'élu de mon cœur ».

Quand on est capable d'aimer quelqu'un malgré ses défauts, on finit par l'aider à les améliorer .. sauf, prévient le Rav, s'il s'agit d'un cœur de pierre, d'un manipulateur, d'un homme ou d'une femme toxique. Et il met en garde : dans cette génération, certains pourraient se servir de ses paroles pour justifier de rester dans une relation destructrice. Il ne parle pas de cela ; il parle des gens normaux. Quand tu aimes quelqu'un et que cet amour se reflète dans tes gestes et dans tes mots, malgré ses défauts, tu le rends meilleur. C'est ce que nous faisons avec nos enfants : ils nous rendent beaucoup d'ingratitude pour tout l'amour qu'on leur donne, et pourtant on continue de les aimer. L'amour d'un papa, d'une maman, d'un frère, d'une sœur, de son conjoint, de ses enfants, de son rav. C'est un tout.


La grande question, dit le Rav, c'est : aime-t-on l'autre pour ce qu'il est, ou à cause de nos propres manques ? Dans le judaïsme, aimer l'autre signifie l'aimer pour le compléter, lui, pour lui apporter à lui.

Le Rav évoque l'histoire de cette femme qui n'arrêtait pas de rabaisser son mari aux États-Unis — une affaire qui a fait grand bruit. Ils ont divorcé, et le mari a gagné au loto une semaine plus tard. Et voilà qu'elle revient : « Je t'aime, tu es l'amour de ma vie, je n'aurais jamais dû divorcer. » Mais la vraie question, demande le Rav, c'est : est-ce l'argent que tu veux, ou le mari ? Parfois on donne par intérêt. L'amour absolu, lui, c'est d'aimer l'autre pour ce qu'il est et de l'aider à devenir meilleur par sa propre évolution. C'est ce qu'on appelle l'amour ken'gdo : « Je suis là pour développer ton potentiel », comme un père fait grandir son fils.

Aimer lorsqu'on est déçu est une chose très difficile, reconnaît le Rav. Mais ne soyez pas trop choqués : c'est ce que vit Dieu tous les jours. Il attend qu'on vienne à la synagogue, et nous ne venons pas tous. Il attend qu'on fasse attention au Chabbat, et nous ne faisons pas tous attention. Combien peut-on décevoir Dieu ? Et malgré tout, Hachem nous aime et nous protège.

L'une des plus grandes qualités selon la Torah, ce n'est donc pas d'aimer lorsque tout va bien, mais de continuer à aimer même lorsqu'on est déçu. Tant que l'autre répond à nos attentes, notre amour est facile. La véritable épreuve de l'amour commence lorsqu'on découvre ses défauts, ses erreurs, ses faiblesses.

L'amour couvre les fautes

C'est exactement ce qu'on voit chez Moché Rabénou. Combien de fois le peuple s'est-il plaint, l'a-t-il critiqué, a-t-il manqué de confiance, au point de réclamer presque la mort. Et pourtant, lorsque Hachem parle de détruire les enfants d'Israël après la faute du veau d'or, Moché dit sans hésiter : « Efface-moi de Ton livre, efface mon nom. » Malgré sa déception, son amour demeure intact.

Comme l'enseigne le roi Salomon dans Michlei, au chapitre 10, verset 12 : l'amour couvre toutes les fautes. Quand on aime, on ne voit pas les défauts. Quand on commence à les voir, c'est qu'il y a déjà des choses qui nous dérangent.

Le Rav apporte ici une nuance importante. Quand un mari ou une femme n'est pas content parce que l'autre se laisse aller, ce n'est pas qu'il n'aime pas. Lui dire « fais un petit régime », « habille-toi un peu mieux », ce n'est pas du rejet — c'est : « ça me dérange parce que je t'aime, mais j'ai besoin de t'aimer. » Il faut aussi donner des arguments pour être aimé : rien qu'un effort, rien qu'un sourire, c'est tellement important. Si quelque chose dérange ton conjoint, arrange-toi. Avant le mariage, pour lui plaire, tu l'aurais fait sans problème. Le problème, c'est qu'on commet tous la même erreur : on considère l'autre comme un acquis. « Je lui ai dit que je l'aime, c'est bon, c'est dans la poche. » Ça ne marche pas comme ça.

Aimer ne signifie donc pas ignorer le mal ni justifier les fautes. Cela signifie voir que la faute n'est pas toute la personne. Derrière les erreurs demeure une âme pure, une étincelle divine qu'on ne veut jamais voir disparaître. Le Rav raconte que dans son cabinet, lorsqu'il demande à quelqu'un trois défauts de son conjoint, la réponse fuse aussitôt : « impatient, colérique… ». Mais quand il demande trois qualités, c'est plus long. Parfois la réponse arrive quand même : « très bon père, très patient, très généreux. » Et le Rav de plaisanter : « Mais si j'avais su, c'est moi qui l'aurais épousé ! » Sa façon de faire prendre conscience à la personne de toutes les qualités de son conjoint.

Bien sûr qu'il a des défauts, mais il faut voir les qualités. L'amour t'emmène vers les qualités ; l'indifférence, vers les défauts. Et il n'y a rien de pire que l'indifférence : c'est pire que la haine, car elle revient à dire à l'autre « que tu vives ou non, tu n'existes plus pour moi ».


Distinguer l'âme et le comportement

L'amour véritable est du don, enseigne le Rav. Plus une personne investit dans l'autre, plus elle apprend à voir sa valeur profonde, au-delà de ses défauts. Aimer malgré les imperfections n'est donc pas une faiblesse : c'est la preuve qu'on regarde l'essence d'une personne, et pas seulement son comportement. On regarde ce qu'elle a à l'intérieur, son potentiel — comme l'a fait la femme de Rabbi Akiva, qui a vu en lui ce qu'il pouvait devenir.

C'est aussi la manière dont Hachem agit chaque jour avec nous : malgré nos manquements quotidiens, Il continue de nous accorder la vie, sa bonté, sa patience, et Il nous attend dans la téchouva chaque jour. De même que nous Lui demandons de voir au-delà de nos fautes, nous devons apprendre à voir au-delà de celles des autres. La maturité spirituelle ne consiste pas à ne jamais être déçu, mais à ne pas laisser la déception atteindre notre amour. Pour les défauts, il faut voir avec la tête comment les arranger intelligemment, tout en gardant le cœur pur vis-à-vis de chacun. Car aimer la perfection est naturel ; aimer l'imparfait, c'est divin.

Le Rav illustre par l'exemple d'un grand maître célèbre pour son amour inconditionnel d'Israël, qui n'a jamais retiré un seul millimètre de son amour pour un juif. Un jour, on lui rapporta les fautes d'un certain juif. Au lieu de l'accuser, il leva les yeux au ciel et dit : « Maître du monde, regarde comme Tes enfants sont précieux. Même lorsqu'ils fautent, ils restent Tes enfants. » Là où d'autres voyaient une faute, lui cherchait encore une raison de l'aimer. Non par un amour aveugle, mais par une vision plus profonde.

Comme l'enseignait notre maître le Baal Chem Tov, lorsqu'on voit un défaut chez son prochain, il faut distinguer l'âme du comportement. On a le droit de critiquer le comportement inconvenant, mais jamais l'âme. Le comportement peut être mauvais ; l'âme, elle, reste une parcelle divine. Et la Torah combat la faute, pas le fauteur. Pourquoi Dieu nous a-t-Il donné la Torah ? « Vous ne suivrez pas vos yeux, vous ne ferez pas de la lachon hara simplement parce que vous en avez envie. » La Torah a prévu que nous ayons des défauts ; c'est pour cela qu'elle est venue nous aider. Celui qui a la Torah en lui doit donc arrondir les défauts pour relever la personne, sans jamais toucher à sa valeur intrinsèque.

C'est ce que nous voyons chez Aharon HaCohen, dont la michna dit qu'il aimait les créatures et les rapprochait de la Torah. Même les plus éloignés étaient appelés par lui : « créature précieuse créée par Dieu ». Car même sans aucun autre mérite apparent, le simple fait d'avoir été créée par Dieu suffisait pour qu'on l'aime.

Le Maharal de Prague ajoute que plus une chose est élevée, plus ses imperfections sont visibles. Les gens parfaits et élevés ne cachent pas leurs défauts ; ils n'ont pas d'hypocrisie, ne cherchent pas à plaire ni à ne montrer que leurs belles facettes. Ils sont naturels. Une petite tache passe presque inaperçue sur un vêtement noir, mais sur un vêtement blanc, elle saute aux yeux. C'est pourquoi nous sommes souvent davantage déçus par les grandes personnes : nous attendons davantage d'elles. Mais leur chute ne doit jamais nous faire oublier leur grandeur.


L'amour divin repose sur le lien, pas sur la perfection

Le plus bel exemple, dit le Rav, c'est Hachem Lui-même. Après la faute du veau d'or, après les plaintes du désert, après la révolte répétée, Hachem continue d'accompagner son peuple, comme le dit le verset dans Chemot, chapitre 25, verset 8 : Vechakhanti betokham « Je résiderai parmi eux », c'est-à-dire jusque parmi leurs imperfections. Non parmi les anges, qui sont parfaits, mais parmi les hommes, qui sont imparfaits. L'amour divin ne repose donc pas sur la perfection, mais sur le lien. Et qu'est-ce que la Torah ? C'est précisément ce lien.

Il existe deux formes d'amour, enseigne le Rav : l'amour qui prend et l'amour qui donne. L'amour qui prend dit : « Je t'aime parce que tu me rends heureux. » L'amour qui donne dit : « Je veux ton bien, même lorsque tu me déçois. » Le premier dépend des circonstances ; le second touche à l'éternité. Et l'amour de Dieu pour nous touche à l'éternité.

Le Rav rappelle l'histoire de Rabbi Meir, qui priait pour que des mécréants cessent de fauter — en réalité pour qu'ils meurent. Sa femme Brouria lui fit remarquer qu'il est écrit que les péchés disparaîtront de la terre, et non les pécheurs : mieux valait prier pour que meurent leurs fautes, afin qu'ils se repentent. Rabbi Meir pria ainsi, et ils firent téchouva. Il faut donc haïr la faute, mais ne jamais désespérer de celui qui l'a commise.

Malgré la déception, on ne renonce pas à la vérité : on continue de croire qu'au-delà de la faute, du caractère difficile ou de l'erreur passagère, il existe encore une âme capable de grandir. Celui qui n'aime que les gens parfaits finira seul, car aucun homme n'est parfait sur terre. L'amour a justement été créé dans ce monde pour parfaire l'imperfection. Celui qui apprend à aimer les autres dans leur combat, leurs faiblesses et leurs efforts ressemble à Hachem : il devient un allié de Dieu, qui voit en chacun non seulement ce qu'il est aujourd'hui, mais aussi ce qu'il pourra devenir demain. L'amour véritable, ce n'est pas seulement aimer le bien qui existe déjà ; c'est aimer le bien qui cherche encore à naître. C'est cet amour-là qui répare les familles, renforce les couples, rapproche les amis et construit le peuple d'Israël. Parfois, une personne ne change pas parce qu'on l'a jugée, mais parce qu'on l'a aimée — parce qu'elle a rencontré quelqu'un qui a continué de croire en elle malgré sa déception. C'est pour cela que le temps est la meilleure réponse à toutes nos déceptions : sois patient.


Conclusion : ne retire pas un seul milligramme d'amour

Le Rav termine par une histoire. Une femme est venue lui confier que son mari l'avait trompée. Trahir la confiance et l'amour, c'est horrible, et l'on se remet alors profondément en question.

« Mais madame, lui demande le Rav, vous l'avez aimé ? »

« Oh là là, c'était toute ma vie, mon mari ; comment a-t-il pu faire ça ? »

« Vous l'avez donc aimé au point de vous battre pour son bonheur et pour le vôtre. Aujourd'hui, dans votre déception, c'est maintenant qu'on a besoin de votre amour. Battez-vous pour récupérer votre mari, battez-vous pour votre bonheur, si vous pensez être à la hauteur de le rendre heureux. »

Mais le Rav ajoute une vérité plus haute encore : si l'on aime vraiment une personne et qu'il existe mieux que nous pour la faire grandir, alors, si tu l'aimes vraiment, laisse-la partir.

Aimer, ce n'est pas seulement combler ses propres manques et ses propres vides, en se disant « je suis bien avec lui, il me comprend ». Aimer, c'est dire : « Je pense être à la hauteur de faire de toi ce qu'il y aura de meilleur. »

C'est pourquoi, conclut le Rav, tu as le droit d'être déçu, le droit de dire « ce n'est pas bien, ce qui s'est passé ». Mais ne retire pas un seul milligramme d'amour. Car la réparation de ces défauts passera justement par ton sourire et par un regard apaisant.

Col Touv.